
Chaque individu a une histoire qui lui est propre, heureuse, tragique, laborieuse, glorieuse....
Voici quelques unes de leurs histoires, un bref aperçu de qui ils étaient, de ce quils ont vécu.
Janne Marie est la dernière des huit enfants du couple Louis Terlon et Benoîte Chassagnon et c'est son frère Philibert, de douze ans son aîné, qui lui servira de parrain.
Née à Saint-Marcel-de-Félines (42) en 1715, elle se marie six kilomètres plus loin, à Balbigny, vingt-cinq ans plus tard.
C'est à Chessieux, sur cette même paroisse, qu'elle résidera pour le restant de ses jours.
De son mariage avec Jacques Bazoud, qui est laboureur, elle aura au moins deux enfants, une fille et un garçon. Au décès de son époux, Janne Marie est chargée par les dernières volontés de celui-ci de décider auquel de leurs enfants elle remettra leur hoirie.

En 1754, à tout juste 39 ans, malade, Janne Marie rédige donc son testament dans lequel, en bonne chrétienne, elle commence par confier son âme à Dieu et régler les détails de ses funérailles; elle prévoit que lors de celles-ci et pour chacune de leurs dates anniversaires, quatre mesures de blé devront être données aux pauvres.
Elle dote sa fille Marie Bazoud, outre ce qu'a pu lui léguer son défunt père, de la somme de 500 livres. A quoi elle ajoute un lit de plumes d'oies, une couverture valant 24 livres, un tour de lit teint de rouge ou de violet, dix draps en toile de ménage, six nappes et six serviettes, une armoire valant 24 livres, un habit nuptial de 30 livres et sa croix en or.
Janne Marie nomme son fils, Philibert Bazoud, son héritier universel et celui de feu son père. C'est lui qui est chargé de régler les frais funéraires et les dettes susceptibles d'exister ainsi que de payer la pension annuelle du curé de Saint-Marcel ou de la fabrique.
En outre, elle déclare ne posséder aucun bien immobilier et que ses biens mobiliers n'excèdent pas 950 livres.
Tout étant réglé au mieux, Janne Marie décide pour sa dernière demeure de reposer au cimetière de Balbigny, dans le tombeau de ses parents.
Blaise de Terlon est l'aîné des enfants de Pierre de Terlon, conseiller au parlement de Toulouse, et de Anne de Chambert.
Né en 1646, il aura deux soeurs 5 et 6 ans plus tard, qui toutes deux décèderont en en 1652.
Son frère, Georges de Terlon, rejoindra les ordres et sera fait chanoine de Saint-Sernin.
Blaise est donc le seul enfant du couple Terlon-Chambert à avoir postérité. Il héritera également intégralement de son père, ses soeurs étant décédées en bas âge, et que son frère, chanoine, se contentant de la légitime.
Déjà nanti par ces circonstances, il épouse en 1693 Marie de Corbière, fille de capitoul, qui lui apporte une dot de 30.000 livres. Et vers la fin de sa vie, il sera en plus héritier de son oncle Hugues, chevalier de Malte.
Concernant ses biens bâtis, il en possède à Toulouse, sous la forme d'une maison dont il fait l'acquisition Rue Croix-Baragnon.
Il est également chez lui au château de Panayrac, qui provient certainement des de Rudelle, puisqu'en 1648, le parrain du fils de Jeanne de Terlon de Grangeon n'est autre que Hugues de Rudelle, sieur de Panayrac. Ce château comprend en outre deux métairies.
Blaise est enfin à la tête de 22 articles cadastraux sur la commune de Montrabé, soit 53 arpents de terres, vignes, bois et maisons. L'installation des de Terlon à Montrabé date encore de l'union avec les de Rudelle.
L'héritage de son oncle lui permet aussi de se faire rembourser une dette de 6000 livres contractée par le conte de Pibrac. Cette dette sera extinguée sous forme d'une vente de 36 arpents de bois sis sur la commune du dit Pibrac.
Blaise est, pendant 22 ans, conseiller du Roy au Parlement de Toulouse, et le factum qu'il nous a laissé semble prouver que ce n'était pas là un simple gagne-pain, mais qu'il était très engagé dans son profession.
Egalement membre des Jeux Floraux, dont il était mainteneur, nous ne connaissons pourtant aucune de ses oeuvres.
Il semble étonnant que, seul Terlon à même de perpétuer sa branche, Blaise ait attendu l'âge de 47 ans pour prendre femme. Ainsi, celle-ci connaîtra-t-elle 52 ans de veuvage.
Lorsque Blaise décède en 1702, son unique enfant mâle n'est âgé que de deux ans. Ne possédant qu'un extrait du testament, nous pouvons cependant dire qu'il lèguera tout ses biens à ce fils, sauf au moins 10.000 livres allant à sa fille Catherine. Nous ne savons pas si ses autres filles Françoise et Jeanne ont vécu.
Claude, fils de Louis Terlon et de Marie Fialin, vient au monde à Saint-Marcel de Félines au mois de mai 1758, tenu sur les fonts baptismaux par ses oncle et tante par alliance: son parrain est le mari de sa tante, Claude Baudet, et sa marraine est sans doute la soeur de sa mère, Antoinette Fialin.

Né donc en 1758, Claude ne fait ses premiers pas dans la cour des grands qu'en 1785, à l'âge de 27 ans. C'est à l'occasion de la concession de bancs d'église lors d'une vente à la bougie qu'il appose pour la première fois sa signature au bas d'un acte.
Les habitants du village de Saint-Marcel ayant réclamé un nouveau banc d'église pour augmenter les revenus de la fabrique, celui-ci est mis aux enchères le 02 octobre 1785, une fois les vêpres terminées. Une demi-heure après le début des enchères, au moment où la bougie s'éteint, ce sont Louis Terlon et son fils Claude qui font la dernière offre: elle est de 160 livres, augmentée des 18 livres de fabrication du banc. Ce banc ne pourra être remis aux enchères qu'au décès du dernier des deux enchérisseurs.
Ainsi, moyennant 3 livres annuelles payables au 02 octobre, la famille Terlon jouira, un quart de siècle durant, de son banc privé dans l'église de Saint-Marcel, à côté de l'autel de Saint-Savin.
Claude Terlon "Forge" part dans la vie avec une petit désavantage, puisqu'il n'est que le troisième des quatre enfants de Louis Terlon "Forge" et Marie Fialin.
Cependant, le sexe féminin du premier de ces enfants et la mort à l'âge de quatre ans du second suffisent à jouer en sa faveur et placent Claude au rang d'héritier universel de son père.
En 1786, à l'occasion du mariage de son fils, Louis Terlon en profite pour régler sa succession. Sa femme, Marie Fialin étant décédée cinq ans plus tôt, Louis, son héritier fidéicommis, institue Claude héritier universel de sa mère, le chargeant d'exécuter le testament de celle-ci.
De plus, Louis fait donation à son fils Claude de tous ses biens quels qu'ils soient, à compter du jour de son mariage et en échange de son couvert, logis et entretien, avec l'obligation de gérer leurs affaires. Il profite également du contrat pour régler les modalités de son enterrement.
Concernant ses autres enfants, Louis charge son fils Claude de donner à son frère Thomas 1600 livres et un trousseau qu'il détaille, et à sa soeur Lucresse, en plus de ce qu'elle a déjà reçu lors de son mariage, 12 livres pour s'acheter un habit de deuil.
Cette donation universelle pourrait, comparée aux revenus d'autres personnes, largement suffire à assurer l'avenir financier de Claude, mais il a en plus la chance d'ajouter à cela l'apport de la mariée.

Marguerite Grangeard, fille de laboureurs de Bussières, se présente devant l'autel munie d'une dot conséquente de 1100 livres, augmentée de 400 livres du chef de son oncle Jean Grangeard.
De plus, Marguerite amène dans la maison de son futur époux une armoire en chêne et sapin, à deux portes avec serrure et deux tiroirs également fermant à clef. Elle est aussi dotée d'un lit avec son traversin de "plumes de volaille", fourreaux de toile foulée et rideaux de basin rouge, une couverture de catalogne et huit draps en toile de ménage.
Pour la cuisine, ce sont quatre nappes de toile virée et dix serviettes a la Petite Venise. Et bien sûr, pour couronner son trousseau, un habit nuptial.
"Pour aide de noces", le futur couple se voit également offrir deux mesures de blé seigle et trois de froment.
C'est donc sous les meilleurs auspices financiers que débute la vie commune de Claude et Marguerite. Et c'est sur les terres et dans les biens de Louis Terlon que s'installe le jeune couple.
Chargé par son contrat de mariage de régler la succession et les legs de ses parents, Claude doit s'acquitter du paiement de la dot de sa soeur, Lucresse Terlon. Celle-ci, établie à son mariage en 1783, s'élève à 1600 livres, dont 400 ont déjà été payées. Claude remet donc à son beau-frère 200 livres en 1786 et en 1790 ce sont 800 livres qui changent de main, réglant cette fois-ci définitivement la question de la dot de Lucresse.
Concernant son frère Thomas, de trois ans son cadet, ce n'est qu'en l'an VI (ou 1797) que Claude lui remet les 400 livres que leur mère lui a légué ainsi que 182 livres pour second acompte de donation résultant de son contrat de mariage.
Délégué également à la gestion des biens paternels, Claude Terlon s'occupe de faire fructifier les biens fonciers. En 1789, il expulse son locataire Jean Laffon, auquel il reste deux ans par contrat, et un bail commençant à la toussaint est passé pour six ans avec un certain Gilbert Devant, journalier, pour fermage d'une maison située sur le lieu-dit de Cis, avec jardin, chènevière, pré et terre. Le nouveau locataire a le droit d'avoir huit poules, un coq et une chèvre; il peut de plus prendre la moitié des fruits du verger, mais Claude se réserve ceux de trois poiriers ainsi que les glands. Pour bien séparer les parties louées de celles qui ne le sont pas, une haie vive est plantée entre les deux. Le montant de la location est fixé à 48 livres par an et 3 livres d'étrennes.
Cependant, un an plus tard, les deux parties annulent le bail et à la toussaint 1790, Gilbert Devant quitte les lieux.
Pendant ce temps, Marguerite Grangeard a mis au monde deux garçon: Louis en 1788 et Thomas en 1790. Mais l'avant-dernier jour de l'an 1792, à peine âgée de 27 ans, elle décède et les laisse tous deux orphelins.
Claude, contrairement à la pratique répandue alors, ne reprendra pas immédiatement une nouvelle épouse pour s'occuper de ses enfants. Il restera même veuf durant huit années.
En l'an IX (ou 1801), presque âgé de 43 ans, il convole pour la seconde fois. L'heureuse élue s'appelle Magdelaine Deverrière et a sept ans de plus que lui.
Sur le plan familial, le torchon brûle avec son père, toujours en vie et qui ne mourra qu'à l'âge de 77 ans, en 1807, soit 19 ans après avoir fait donation de ses biens.
Or le contrat de mariage de Claude était clair à ce sujet: il prévoyait qu'en cas "d'incompatibilité" entre eux, son père se réservait l'usufruit de tous ses bien, la moitié de leurs revenus et la somme de 600 livres, tout en payant la moitié des charges annuelles.
Mais les dissensions font que les choses ne peuvent pas se passer aussi simplement: père et fils empruntent la voie juridique et se pourvoient devant le juge de paix de Nérondes.
Afin de réduire les frais occasionnés par la machine judiciaire, ils transigent devant notaire le 26 frimaire de l'an VI (16 décembre 1797): Claude cède à son père la maison appelée La Croix et les fonds attenants, ainsi qu'une pension annuelle de 100 francs.
Mais Louis ne s'estime pas satisfait et se pourvoit à nouveau au tribunal civil de Montbrison. Il exige la moitié des meubles et ustensiles de ménage. Quand à Claude, il fait opposition au paiement du terme échu de la pension de son père, alléguant que celui-ci doit payer la moitié des impositions, ce qu'il ne fait pas. Mais tous deux sont déboutés.
Plutôt que d'interjeter appel, père et fils finissent par signer un traité le 07 pluviôse de l'an VIII (27 janvier 1800), soit deux ans après avoir transigé pour la première fois. Il est décidé que Louis continue à jouir du domaine de La Croix, mais sans payer d'impositions foncières. En contrepartie, sa pension est restreinte à 88 francs et Claude paye les frais effectués devant le juge de paix.
Toutes ces procédures ne ramènent pas pour autant la paix familiale et la tante de Claude met son grain de sel. Jeanne Marie Terlon, unique soeur de Louis Terlon, fait condamner son neveu à lui donner un sixième de la succession de Philibert Terlon, leur aïeul, ainsi qu'une restitution de fruits et des intérêts.
Pour exécution de ceci, les biens sont estimés et, après expertise, la portion revenant à Jeanne Marie est fixée au domaine de Chez la Croix et à une d'autres terres: Ce sont en tout un bâtiment et 1 hectare 75 qui sont choisis pour changer de propriétaire. Mais les frais s'avérant trop importants, Jeanne Marie propose à Claude de lui vendre sa part et ses droits pour 400 francs. Claude accepte et le tout est ratifié le 29 floréal de l'an XIII (19 mai 1805).
Mais douze jours plus tard, Jeanne Marie n'est plus dans les mêmes dispositions, se sent lésée par la transaction. Décidée à se pourvoir en restitution, elle obtient 100 francs supplémentaires.
En tant que cultivateur, mais aussi que marchand, Claude a souvent eu l'occasion dans sa vie de régler ses affaires devant notaire.
Ainsi, en 1792, les mariés André Mollon et Marie Bonnefond lui doivent la somme de 100 livres, résultant de la vente de blé et de la livraison qu'il leur en a faite, ainsi que d'un prêt d'argent. Il sera remboursé en temps et heure.
En 1795, c'est Philiberte Durantin, la veuve de Jean Marie Magnin qui, au nom de celui-ci, rembourse à Claude la somme de 400 livres qu'il lui avait prêtée.
En 1797, Claude prête 100 livres à Jean Marie Delorme, de Saint-Just la Pendue. Mais alors que celui-ci s'engage à rembourser en un an, il ne le fera qu'au bout de trois.
En décembre 1791, Claude Terlon vend un bien à Catherine Besson, qui en paye une partie. C'est son époux, Jean Guillaume qui, en 1797, règlera les 400 livres restantes et 42 livres d'intérêts.
Et quand l'année suivante, en 1798, Jean Guillaume a besoin d'argent, c'est Claude qui lui prête les 50 francs qui lui font défaut.
Pourtant, en 1801, au lieu de rendre sa somme prêtée, Jean Guillaume emprunte 60 francs supplémentaires. Mais cette fois-ci, pour la tranquilité de Claude, il hypothèque un domaine situé à Saint Marcel.
Claude Terlon, qui a porté le surnom de "Forge" comme son père, puisqu'on le retrouve dans trois actes notariés: une obligation de 1792, une quittance de 1797 et une obligation de 1798, s'éteint sur son lieu de naissance, à Saint-Marcel de Félines, le 15 juin 1821, à l'âge de 63 ans, laissant derrière lui deux héritiers mâles.